Mon blog-notes pour vous parler du métier de traducteur, mais aussi et de manière plus générale de la langue française, de son étymologie, de sa littérature, de sa traduction, de ses expressions et d'un tas d'autres surprises.
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mardi 18 janvier 2011

La journée idéale d’un traducteur

Les jours se suivent et se ressemblent… à un certain point. Comme tout le monde, les traducteurs aussi connaissent des jours fastes et des jours néfastes, des jours où tout va bien et, pardonnez-moi l’expression, des journées de m… En passant d’un extrême à l’autre, je vous propose ici de découvrir une journée type de mon quotidien. Enfin, une journée idéale, comme j’aimerais qu’elles le soient toutes, et son pendant, la journée qui démarre mal et qui se termine encore moins bien. Si vous êtes vous aussi traducteur indépendant, vous vous reconnaîtrez sûrement dans quelques passages.


La journée idéale

Worst case scenario

6 h 20 – Rien à signaler. 6 h 20 – Marceau (7 mois) se réveille gaiement en agitant son doudou à grelot. Il babille dans son lit et nous réveille. Nous gémissons, lui chuchotons : “Pas maintenant, Marceau, il faut faire dodo” et tentons de nous rendormir. En vain.
7 h – Le réveil sonne. Ma femme et moi nous levons promptement. Marceau (7 mois), qui dort encore dans notre chambre, sommeille toujours. Je dresse la table du petit déjeuner tandis que ma femme se prépare. Nous déjeunons ensemble au son des informations (que des bonnes nouvelles aujourd’hui) à la radio. 7 h – Le réveil sonne. Nous gémissons. Ma femme se lève promptement et je me retourne en callant l’oreiller sur ma tête et en grognant que je n’ai dormi que 5 heures à peine. Ma femme me secoue les puces, car je dois moi aussi me lever. J’obtempère, de mauvais gré. Nous déjeunons rapidement, car l’heure tourne et Marceau s’impatiente déjà.
7 h 30 – Ma femme change et habille notre fils pendant que je dessers la table et prépare le biberon tout en écoutant la rubrique économique de Dominique Seux sur France Inter. Je lui donne le biberon pendant l’intervention politique de Thomas Legrand. 7 h 40 – Zut ! Nous sommes déjà en retard. Dominique Seux termine sa chronique et Marceau pleurniche encore dans son lit. Je laisse la table en plan pour préparer son biberon à toute vitesse et j’entends à peine Thomas Legrand par-dessus ses pleurs alors que sa mère est en train de le changer.
7 h 55 – Ma petite famille embarque dans la voiture en direction de la nourrice. Ma femme dépose notre fils à 8 heures pile et arrive un peu en avance au travail pour bavarder avec ses collègues.
8 h – Je me débarbouille, j’éteins la radio, je m’habille et une belle journée de travail commence.
8 h 15 – Je parcours mes e-mails de la nuit, ma page Facebook et Google Actualités pendant un petit quart d’heure, puis je me mets au boulot. 8 h 15 – Marceau a fait des difficultés pour prendre son biberon. Sa mère a dû terminer à ma place et finir de le fagoter à la va-vite. Il arrive avec un quart d’heure de retard chez la nourrice et ma femme doit repasser par la maison, car elle a oublié son sac dans la précipitation et le salon. Elle arrivera tout juste à l’heure au travail alors que je végète encore poussivement derrière ma 3e tasse de café.
8 h 30 – Je dois relire ma traduction de la veille avant de l’envoyer à mon Project Manager (PM). Il s’agit d’une traduction sans grandes surprises, en format .doc. Aucune mise en forme n’est nécessaire. 9 h – J’ai enfin la vague impression de me réveiller. Je dois relire ma traduction de la veille avant de l’envoyer à mon PM. Il s’agit d’une présentation PowerPoint avec des diapositives surchargées de texte. La traduction dépasse des cadres et je perds un temps fou à refaire la mise en forme. De plus, le vocabulaire est très technique et je me rends compte que j’ai oublié de traduire une diapositive.
10 h – J’ai terminé la relecture du texte et je l’envoie au PM avec 2 heures d’avance.
10 h 05 – Mon PM confirme réception du texte et me remercie chaleureusement.
10 h 15 – Mon PM me propose une nouvelle traduction : 1 000 mots pour le lendemain 10 heures. Chouette ! Un tutoriel de logiciel, mes préférés ! J’accepte le job et j’ai hâte de m’y mettre.
11 h – Horreur ! Malheur ! PowerPoint plante. J’arrive à récupérer la mise en page, mais je n’ai pas terminé et je n’ai pas encore relu le texte. Flûte ! Je dois recommencer la traduction de la diapositive que j’avais oubliée.
J’envoie un e-mail de détresse à mon PM pour l’informer que j’aurais un peu de retard sur la livraison. je ne pourrais absolument pas rendre le texte à 12 heures, comme convenu.
12 h 30 – Ma traduction avance bien. Pause déjeuner. Je réchauffe mes pâtes en écoutant Le jeu des mille euros. Aujourd’hui, j’aurais gagné le banco. J’ai la banane. 13 h – Après deux plantages de logiciels, une heure de recherche pour un seul terme incompréhensible et probablement inventé par l’auteur, une perte de temps démesurée pour redimensionner les cadres de texte et une demi-heure de chipotage pour contourner le bug qui m’empêchait de convertir le fichier .ttx en fichier .pptx, je parviens enfin à envoyer le document à mon PM, en ayant survolé la relecture, faute de temps.
Zut ! J’ai raté Le jeu des mille euros.
13 h 10 – Je reçois un e-mail de mon PM qui me demande poliment, mais toutefois avec insistance quand je lui remettrai la traduction, parce que ça urge.
13 h 12 – Je vérifie dans mes e-mails envoyés et ne vois pas ce qui cloche. Je lui réponds avoir déjà envoyé le document un quart d’heure auparavant et lui dis que je vais transférer l’e-mail déjà envoyé.
13 h 30 – Panique à bord ! Mon PM me téléphone, inquiet, car il n’a toujours rien reçu et il va devoir presser le réviseur pour respecter les délais.
13 h 40 – Fin de ma pause déjeuner. J’ai eu le temps, après mes pâtes, de parcourir facebook, mes e-mails de la matinée et de commencer la rédaction d’un nouveau billet pour mon blog.
Je suis d’une efficacité et d’une productivité redoutables aujourd’hui. Oh yeah !
13 h 40 – J’envoie une nouvelle fois le document, cette fois sur la boîte personnelle du PM et en format .zip. Ça a enfin marché !
En attendant, je me suis mis le réviseur à dos et mon PM doit changer de chemise à cause des sueurs froides.
14 h – Un copain me téléphone pour poser une question sur la configuration de son client de messagerie électronique. Je lui demande de patienter 2 minutes. Je trouve un tutoriel en ligne, lui envoie le lien par e-mail et raccroche. Il me remercie. 14 h – Un copain me téléphone parce que “mes e-mails ne marchent plus !” Cela me prend dix minutes pour comprendre qu’il y a un problème de configuration de son client de messagerie électronique. Je parcours avec lui le tutoriel que je viens de trouver sur le net, car il a la flemme de se débrouiller tout seul. Au bout de trois quarts d’heure, je lui signifie avec diplomatie que je ne suis pas un centre d’appel d’aide informatique et que ce n’est pas parce que je travaille à mon domicile que je “m’ennuie” pendant les heures de bureau. Il le prend mal et me supplie de l’aider. Le tutoriel n’a pas réglé le problème et je perds encore une bonne demi-heure avant de raccrocher sans que le problème soit réglé. Il ne me remercie pas.
15 h 30 – J’ai terminé la traduction de 1 000 mots due pour le lendemain. Je garde la révision du texte pour le lendemain matin, pour le relire à tête reposée.
Je profite de ce temps libre pour faire la vaisselle, passer le balai et sortir les poubelles en écoutant un CD.
15 h 30 – Je m’écroule de fatigue et d’inanition dans le canapé du salon. Je m’endors en grignotant un bout d’emmental qui traînait dans le frigo.
16 h – Je me réveille en sursaut, le bout d’emmental à la main, honteux de m’être endormi pendant mes heures de travail. De retour derrière l’ordinateur, je vois que j’ai reçu un e-mail de la part d’un PM un peu gonflé d’une agence que je connais à peine. Il me propose 2 000 mots pour le lendemain 9 heures.
Je décline l’offre en précisant que le délai est trop serré pour ce volume de travail. Il me répond que dans ce cas, je ne dois pas écrire sur mon site que je peux traduire 2 000 pour le lendemain. J’ai beau lui expliquer que cela signifie “2 000 mots en une journée normale de 8 heures de travail, pendant les heures de bureau” et que la nuit, j’aspire à dormir, mais refuse de comprendre et insiste.
Je me promets de changer la formulation sur mon site pour éviter toute mauvaise foi à l’avenir.
17 h – J’ai terminé toutes les tâches ménagères. Je retourne à mon bureau pour terminer le billet de blog que j’avais commencé le midi. 17 h – Pour je ne sais quelle raison – peut-être simplement parce que je suis bonne pomme – j’ai accepté la proposition de l’evil PM en me disant que son texte ne doit pas être bien sorcier et que je ne dois pas cracher sur une source de revenus. Je me rends malheureusement compte que le texte est brouillon, confus à souhait, avec des phrases inachevées, une ponctuation aléatoire et une mise en forme exécrable.
Je viens donc de passer une heure à préformater le texte avant de pouvoir le traduire dans mon logiciel de TAO, mais je dois m’interrompre pour aller chercher mon fils chez la nourrice, car sa mère est en réunion jusqu’à 19 heures. Ce n’est qu’à 3 minutes en voiture, mais à plus de 20 minutes à pied. Je perds donc une heure pour aller le chercher.
Je me rends compte que je suis en pyjama depuis ce matin. Je dois donc encore m’habiller avant de partir, ce qui me met en retard.
18 h 10 – Ma femme revient avec notre fils, qu’elle est passée chercher chez la nourrice. Elle me félicite d’avoir fait le ménage. Nous jouons un peu avec Marceau, qui est d’excellente humeur, avant de lui donner son biberon du soir. 18 h 10 – La nourrice me fait remarquer mes 10 minutes de retard. Marceau a été grognon toute la journée à cause de ses dents.
18 h 35 – Nous constatons avec joie qu’une nouvelle dent vient de sortir des gencives de Marceau. Quel amour d’enfant, il ne s’en est même pas plaint ! 18 h 35 – De retour à la maison, mon bébé fait la tête et pleure quand on le met assis, quand on le couche sur le dos, quand on le couche sur le ventre, quand on le tient dans nos bras, quand on le tient debout, dans le bain, sur la table à langer, dans le lit, pendant que je lui fais son biberon. Ce n’est que lorsque je lui cale la tétine dans la bouche qu’il se tait enfin. Il recommence au bout de 10 minutes à peine en laissant la moitié de son biberon.
19 h 30 – Marceau joue tranquillement sur son tapis d’éveil pendant que nous mangeons. 19 h 30 – Ma femme revient de sa réunion qui a duré plus longtemps que prévu. Elle est de mauvaise humeur et me reproche de ne même pas avoir débarrassé la table du petit déjeuner ni fait la vaisselle. Elle arrive toutefois à calmer Marceau.
20 h 10 – Nous couchons Marceau, qui s’endort tout de suite. Une petite soirée télé commence. Chouette ! Il y a un film très intéressant au programme. 20 h 10 – Nous tentons de coucher Marceau, qui s’agite en pleurnichant parce que ses dents lui font mal.
20 h 30 – Nous mangeons enfin. Je me sentais fébrile parce que je n’ai mangé qu’un bout d’emmental depuis le petit déjeuner. Notre repas est régulièrement interrompu par les hurlements de Marceau qui ne parvient pas à dormir.
21 h – Je me remets au boulot. J’ai l’impression de ne rien avoir foutu de la journée. Bon, il me reste la nuit pour traduire 2 000 mots. Ce n’est pas bien grave. De toute façon, il n’y avait rien d’intéressant à la télévision ce soir.
22 h 30 – Le film est terminé. Ma femme et moi allons nous coucher. Nous lisons un peu et éteignons la lumière vers 23 heures. Une belle nuit de 8 heures de sommeil nous tend les bras. 22 h 30 – Ma femme va se coucher avant la fin du film, qu’elle trouvait tout bonnement inepte. Elle est mécontente, car je ne peux pas venir me coucher avec elle et je ne devrais pas accepter autant de travail.
2 h – Je commence à voir double sur mon écran et je relis 5 fois la même phrase avant de la comprendre. Mais mon calvaire touche bientôt à sa fin : plus que 500 mots !
3 h – Je vais me coucher, à tâtons. Il ne me reste qu’une centaine de mots à traduire, mais je suis épuisé. Je mets mon réveil à 6 heures pour avoir le temps de terminer et de relire avant 9 heures.
Argh ! Je ne vais dormir que 3 heures, encore un peu moins que la nuit précédente, mais c’est la vie ! Je me reposerai pendant le week-end, dans 4 jours…

Épilogue

Évidemment, cela  ne se passe jamais  se passe rarement comme ça. La vérité se trouve le plus souvent entre les deux. Les colonnes du tableau ci-dessus peuvent se combiner et offrir un grand nombre de journées différentes où, souvent bon gré, parfois mal gré, j’exerce mon métier, toujours animé de la même passion pour la linguistique et les défis, du plaisir d’offrir mes services et mes compétences et de l’envie de découvrir ou d’apprendre de nouvelles choses à chaque traduction.

3 commentaires:

  1. "Je commence à voir double sur mon écran et je relis 5 fois la même phrase avant de la comprendre. Mais mon calvaire touche bientôt à sa fin : plus que 500 mots !"

    C'est ce que je me suis dit quand j'ai commencé ton texte :)

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  2. Peuh, peuh, peuh ! D'abord, mon texte fait 2329 mots, donc c'était déjà au 1829e mot que tu t'es dit ça :-)
    En plus, je suis sûr que tu t'es reconnu dans le passage sur la hotline informatique.

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  3. Moi je trouve cet article plutôt drôle étant également traductrice avec des enfants, certes plus âgés, mais tout de même des enfants.....

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