Mon blog-notes pour vous parler du métier de traducteur, mais aussi et de manière plus générale de la langue française, de son étymologie, de sa littérature, de sa traduction, de ses expressions et d'un tas d'autres surprises.
N'hésitez pas à donner votre avis en cochant les cases sous chaque billet.

vendredi 1 juillet 2011

How to get rid of plain text tags in your translation memory? (Trados Studio 2009 trick)

I am not used to write in English, especially not for this blog. But I thought I had to deliver the explanation to this trick in the most universal way to other Trados Studio 2009 users because some of you may also have to face this problem. It happens sometimes, when you are using a translation memory (TM) provided by a customer, or even your own TM, that some translation units (TU’s) display strange code like the one hereunder:
<cf size="12" complexscriptssize="12" bold="on" underlinestyle="single">Marketing & Sales</cf>
It doesn’t need to be an IT engineer to understand that the <cf> thing is the plain text display of the tags used with CAT tools which give indications about text formatting. But why are those tags displayed in plain text and aren’t they recognised – as usually – as normal tags?

mardi 18 janvier 2011

La journée idéale d’un traducteur

Les jours se suivent et se ressemblent… à un certain point. Comme tout le monde, les traducteurs aussi connaissent des jours fastes et des jours néfastes, des jours où tout va bien et, pardonnez-moi l’expression, des journées de m… En passant d’un extrême à l’autre, je vous propose ici de découvrir une journée type de mon quotidien. Enfin, une journée idéale, comme j’aimerais qu’elles le soient toutes, et son pendant, la journée qui démarre mal et qui se termine encore moins bien. Si vous êtes vous aussi traducteur indépendant, vous vous reconnaîtrez sûrement dans quelques passages.

lundi 17 janvier 2011

Questions-réponses : les idées reçues sur les traducteurs

La plupart des conversations avec des gens qui l’on rencontre sont ponctuées par cette question cruciale : « Quel est ton métier ? ». Elle ouvre généralement une série d’autres questions qui servent à affiner l’opinion que l’interlocuteur doit se faire de votre profession.
On demande rarement à un plombier ou à un agent des forces de l’ordre en quoi consiste son métier. À tort, selon moi, car les activités dans ses professions sont pourtant assez diverses. En revanche, pour certains métiers, moins répandus ou plus récents (les fameux nouveaux métiers), la curiosité l’emporte. La profession de traducteur, bien qu’ayant énormément évolué ces dernières décennies sur le plan de la technologie et des services offerts, est pourtant très ancienne. Cependant, je n’échappe pas à certaines questions qui, au fur et à mesure des rencontres, ne varient guère et qui laissent transparaître tous les clichés auxquels mes congénères et moi-même sommes exposés. En voici un florilège.
Tu es traducteur, alors…

vendredi 25 septembre 2009

Holorime

Des vers holorimes sont des vers entièrement homophones. La rime est consitituée du vers entier.

Kakemphaton

Le kakemphaton (du grec signifiant malsonnant) est une figure de style qui consiste en un jeu de mots, souvent un calembour ou apparenté, réalisé involontairement et basé sur l'homophonie.

lundi 21 septembre 2009

Anantapodoton

Derrière ce terme grec qui ressemble à un nom d'animal préhistorique se cache une figure de style assez méconnue mais pourtant bien usitée, quoique plus souvent par distraction ou par erreur qu'à escient.

L'anantapodoton est une sorte d’anacoluthe (oui, comme l'insulte du capitaine Haddock), c'est-à-dire une rupture voulue de la construction syntaxique. Le procédé en est simple : il consiste à omettre la présence d'un  des termes d'une expression d'alternative. Pardon ? Oui, quelques exemples seront plus parlant :

Paul Valéry, Tel Quel

Ici, Paul Valéry oublie sciemment de compléter sa phrase par "les autres", qu'on attend en toute logique en opposition à "les uns". Un raisonnement logique laisse à penser que "les autres y songent", mais il aurait été plus simple de remplacer "les uns" par "certains".

Notre anantapodoton se construit principalement à partir de corrélations connues : tantôt... tantôt..., plus... plus..., les uns... les autres..., soit... soit..., ou... ou..., etc. Si l'on peut le considérer comme une figure de style, il s'agit très souvent d'un oubli du locuteur ou de l'auteur. Combien de fois rencontrons-nous une phrase qui comporte "d'un autre côté" ou "d'autre part" sans son complément logique "d'un côté" ou "d'une part" ? Cela arrive souvent par oubli, mais aussi quand, par abus de langage, l'auteur utilise cette expression signifiant l'exclusion ou l'alternative alors qu'il veut passer à un autre aspect du sujet et ferait donc mieux de dire "ensuite". Dorénavant, vous pourrez coller un nom sur cette erreur de style !

Dans le même genre, mais un peu plus recherché (et surtout complètement passé dans le langage courant sans paraître pour une erreur), il y a l'anantapodoton avec la paire "non seulement ... mais encore / mais en plus". Pensez-y la prochaine fois que vous demanderez à votre interlocuteur de compléter sa pensée, comme le fait ici Dom Juan à Sganarelle sous la plume de Molière :

Molière, Dom Juan, Acte I, Scène II.

Enfin, un dernier exemple ressortissant à l'humour surréaliste, se retrouve parfois dans des blagues d'enfants, qui sans le savoir utilisent un anantapodoton quand ils demandent :
"Quelle est la différence entre un train ?" (... et quoi ?)

dimanche 20 septembre 2009

Fesse-mathieu

Vaguement connu comme étant une insulte, le fesse-mathieu désigne plus particulièrement un usurier, et par extension une personne très avare, un pingre, un radin, un ladre, un rat.

Le Mathieu dont il est question n'est autre que Saint-Mathieu, apôtre à qui l'on attribue une évangile. Dans cette évangile selon lui-même, le disciple Mathieu est un publicain. Sous l'Empire romain, un publicain était un fonctionnaire local chargé de la collecte des impôts et des taxes de douanes pour l'occupant (Mathieu est d'ailleurs le saint-patron des douaniers). En quelque sorte un collaborateur, d'autant plus haï du peuple qu'il percevait des commissions sur les collectes et en profitait pour être aussi changeur, c.-à-d. usurier.

Jusque-là, c'est compréhensible : Mathieu est un usurier. Mais quelle est cette histoire de fesses ? Plusieurs sources, dont le wiktionnaire, prétendent que fesse-mathieu est une déformation péjorative de "face de Mathieu", qui s'adresserait à une personne ayant la tête de l'emploi. C'est faux ! La première attestation de ce mot dans la littérature (vers 1585) nous en donne tout de suite une définition.
"Ce pauvre misérable avaricieux de père, usurier tout soul, et tant qu'il pouvoit (à Rennes on l'eust appelle Fesse-Matthieu, comme qui diroit bateur de saint Matthieu, qu'on croit avoir esté changeur) en mourut de despit."  Oeuvres facétieuses de Noël du Fail (1520?-1591) Tome 2, éd. 1874
Le fesse-mathieu est donc une personne qui inflige la fessée au saint homme (pour lui soutirer de l'argent). Plus fort que le plus illustre des percepteurs !
On retrouve la trace de notre batteur d'apôtre plus de 80 ans plus tard sous la plume de Molière, qui a fort probablement contribué à la diffusion de cette insulte en la plaçant deux fois dans une des plus connues de ses comédies :


L'Avare (1668), III, 1, Maître jacques

vendredi 18 septembre 2009

Les 50 auteurs les plus traduits


L'Index Translationum est un projet de l'Unesco qui recense, depuis 1932, les traductions d'oeuvres littéraires de par le monde. Depuis 1979, cet index est complètement informatisé et recense l'ensemble de la littérature (générale et spécialisée) mondiale. Logiquement, aucune édition traduite ne leur échappe, car chaque année, les bibliothèques nationales de chaque pays envoient à l'équipe de l'Index Translationum la liste des ouvrages traduits dans leur pays dans l'année. L'Index Translationum est alors actualisé.

Cette immense base de données est librement accessible par internet et regorge de statistiques intéressantes. Elle peut servir à se faire une bonne idée des échanges culturels entre pays (les œuvres françaises sont-elles plus présentes en Russie que les œuvres américaines ?) et donne une indication sur la popularité internationale de certains auteurs. Toutefois, n'oublions pas qu'un auteur très traduit ne vend pas forcément le plus de livres !

Penchons-nous par exemple sur le Top 50 des auteurs les plus traduits, toutes langues confondues. Ce classement est établi en fonction de nombre d’ouvrages et du nombre de langues dans lesquels ils ont été traduit.

"TOP 50" Auteur
DISNEY (WALT) PRODUCTIONS
9425
CHRISTIE, AGATHA
6589
VERNE, JULES
4223
SHAKESPEARE, WILLIAM
3674
BLYTON, ENID
3544
LENIN, VLADIMIR IL'IC
3517
CARTLAND, BARBARA
3406
STEEL, DANIELLE
2942
ANDERSEN, HANS CHRISTIAN
2877
KING, STEPHEN
2732
GRIMM, JAKOB
2518
GRIMM, WILHELM
2508
BIBLIA, N. T.
2292
TWAIN, MARK
2117
SIMENON, GEORGES
2053
DOYLE, ARTHUR CONAN
2030
ASIMOV, ISAAC
2020
JOANNES PAULUS II, PAPA
1966
DOSTOEVSKIJ, FEDOR MIHAJLOVIC
1962
DUMAS, ALEXANDRE, PERE
1955
GOSCINNY, RENE
1953
LONDON, JACK
1941
ROBERTS, NORA
1855
TOLSTOJ, LEV NIKOLAEVIC
1850
LINDGREN, ASTRID
1849
BIBLIA
1839
DICKENS, CHARLES
1839
STEVENSON, ROBERT LOUIS
1823
STINE, ROBERT L.
1819
HOLT, VICTORIA
1573
STEINER, RUDOLF
1515
MARX, KARL
1508
WILDE, OSCAR
1503
SHELDON, SIDNEY
1400
HEMINGWAY, ERNEST
1387
HESSE, HERMANN
1383
MACLEAN, ALISTAIR
1352
BALZAC, HONORE DE
1340
LUDLUM, ROBERT
1303
ENGELS, FRIEDRICH
1271
CLARK, MARY HIGGINS
1265
CHASE, JAMES HADLEY
1252
CEHOV, ANTON PAVLOVIC
1244
TOLKIEN, JOHN RONALD REUEL
1239
POE, EDGAR ALLAN
1236
RENDELL, RUTH
1235
KAFKA, FRANZ
1229
DAHL, ROALD
1228
PLATON
1226
BIBLIA, V. T.
120

S'il n'y a rien d'étonnant à retrouver la présence de nombreux "classiques", certains noms peuvent surprendre. Cela commence dès la tête du classement, tenue non pas vraiment par une personne, mais par une société de production ! En effet, les scénarios de bandes dessinées Disney sont signées Walt Disney ! Ce qui place "l'auteur" loin devant Agatha Christie, second auteur et déjà première femme du classement.
Ne pouvant pas réellement considérer l'ensemble de la production Disney comme un auteur, je prends la liberté, dans la suite de cet article, de commencer par Mme Christie, à qui j'accorde volontiers la première place.

        

Retrouvons donc en seconde place le premier et très illustre français Jules Verne. Il faut descendre à la 14e place pour apercevoir un autre auteur francophone : le liégeois d'origine Georges Simenon. Et là, ça fait mal au mythe. En tant que grand admirateur de cet auteur, il m'est arrivé de lire à plusieurs reprises qu'il était, juste derrière Agatha Christie, le romancier le plus diffusé. L'Index Translationum nous prouve que c'est non seulement faux, mais qu'il n'est même pas l'auteur francophone le plus traduit et ce malgré une œuvre de plus de 350 romans. Cela s'explique certainement par le mythe qui a été créé autour de Simenon dès son vivant. Des tonnes d'histoires et de faits tous plus invraisemblables les uns que les autres ont été colportés à son sujet. Pour certains, il n'est pas étranger lui-même àleur diffusion, pour d'autres, il s'agit de très fortes exagérations médiatiques. Il en a démenti bon nombre dans ses mémoires, mais certaines de ces fausses informations restent vivaces.

Quasiment ex-aequo, deux autres symboles de la littérature francophone, mais dans des registres très différents, puisque, ce tenant la manche à la 19e et 20e place, Alexandre Dumas père devance de peu René Goscinny. En dehors de monsieur Disney, n'est-ce pas là une consécration pour l'école dite "franco-belge" du 9e art de constater que le très prolifique René Goscinny est le scénariste le plus populaire de par le monde ? Certes, pour l'auteur d'Astérix, d'Iznogoud, du petit Nicolas et de nombreux épisodes de Lucky Luke (pour ne citer que les plus connus) tout comme pour Christie et Simenon, le fait qu'ils aient une abondante production littéraire à leur actif n'est pas étranger à leur bonne place, puisque le classement est établi selon le nombre d'œuvres traduites. Mais une chose est certaine, cest qu'aussi prolifique un auteur puisse-t-il être, il n'entrerait pas dans ce classement s'il n'était pas mondialement connu et traduit dans plus de 100 langues.

Terminons par une autre curiosité du top 20, la présence du pape Jean-Paul II, dont on ne peut pas dire qu'il soit exactement le genre d'auteur que l'on s'arrache. Ceci illustre justement une des particularité de ce classement que je soulignais plus haut : un auteur très diffusé et très traduit n'est pas forcément un auteur qui vend beaucoup de livres. Premièrement, Jean-Paul II fut lui aussi relativement prolifique, comme en atteste cette liste d'écrits apostoliques. De plus,  les encycliques, lettres et autres écrits du souverain poncif bénéficient d'un des plus larges réseaux de diffusion possible : le monde chrétien. Rien d'étonnant donc que tout ceci soit traduit dans quasiment toutes les langues possibles. Même si les dix malheureux exemplaires de Redemptoris Missio édités en comanche n'ont pas trouvé acquéreur (ceci étant unexemple inventé, évidemment).
Ceci dit, nous pouvons formuler exactement la même remarque en ce qui concerne le tenant de la 5e place. Ce que beaucoup appelleraient sans hésiter la propagande communiste se remarque ici par la présence de Lénin, Marx et Engels.


Cherchez l'intrus ;-)
 Notons finalement que cette liste comporte des auteurs qui se sont distingués chacun dans des styles littéraires différents et que cela montre qu'il n'y a pas un genre prédominant mais bien "des littératures". La littérature pour enfants et très bien représentée avec Enid Blyton, les frères Grimm (chacun une entrée, au coude à coude), Andersen, Roald Dahl ainsi que les scénaristes de bandes dessinées déjà mentionnés. Remarquez que le genre fantasy n'est pas qu'un effet de mode, vu le rang de Tolkien, auteur, entre autres, de la saga du Seigneur des Anneaux. Les essais politiques, nous venons de la voir également, sont représentés, tout comme les romans policiers de Georges Simenon, Stephen King, Agatha Christie et bien entendu les grands classiques de la littérature russe, française, américaine. Tout est là, ou presque. Et c'est tant mieux !

Pour conclure cet article, voici la liste des 10 auteurs francophones les plus traduits, parmi lesquels nous retrouvons évidemment le "club des cinq" qui font déjà partie des 50 premiers toutes langues confondus.

"TOP 10" Auteur
VERNE, JULES
4167
SIMENON, GEORGES
2041
GOSCINNY, RENE
1947
DUMAS, ALEXANDRE, PERE
1940
BALZAC, HONORE DE
1338
PERRAULT, CHARLES
1128
SAINT-EXUPERY, ANTOINE DE
980
CAMUS, ALBERT
953
HERGE
893
UDERZO, ALBERT
857

Nous constatons une étrange inversion des positions de René Goscinny et d'Alexandre Dumas père, qui, comme nous le mentionnions plus haut, se tiennent dans un mouchoir de poche révolver. A titre personnel, je m'étonne de ne pas voir Jean-Paul Sartre aux côtés d'Albert Camus.
Le fait le plus remarquable est l'apparition de deux autres auteurs de bandes dessinées, à savoir Hergé et le  dessinateur Albert Uderzo, complice de René Goscinny dans les aventures d'Astérix. Il doit selon toute vraisemblance cette entrée au Panthéon des auteurs aux seuls 9 derniers albums d'Astérix, dont il a assuré le scénario après le décès de Goscinny. Ceci constitue une preuve de plus que la série est indéniablement un succès international et que l'abondance de l'écriture n'est pas forcément un critère obligatoire pour figurer dans cette liste.
Si preuve plus flagrante est nécessaire, il suffira de prendre l'exemple d'Anne Frank, malheureux auteur d'un unique Journal, mais traduit plus de 250 fois (en comptant les possibles multiples traductions vers la même langue), ce qui a pour conséquence que tant le livre que l'auteur sont les plus traduits de la langue néerlandaise !

mardi 15 septembre 2009

Une phrase à couper le souffle.

Le troisième volume de A la Recherche du Temps Perdu de Marcel Proust, Sodome & Gommorhe volume I (1922), contient une des phrases les plus longues de la littérature française : 856 mots.

Victor Hugo, lui, fait presque aussi bien dans Les Misérables avec 823 mots entre deux points.

Il existe par ailleurs des exercices de style avec absence de ponctuation. Un exemple est J’aime de Nana Beauregard, qui consiste en une longue énumération de tout ce qu’une femme aime chez son amant – jusqu’au point final, 128 pages plus loin.

Comme je vous sens curieux de savoir à quoi peut bien ressembler cette phrase, je ne résiste pas à la tentation de vous la copier/coller ici.

lundi 14 septembre 2009

Les rétro-acronymes.

D'après la définition de Wikipedia, La rétro-acronymie est le fait d'interpréter un mot comme un acronyme, alors que ce n'en est pas un à l'origine, ou alors de donner un nouveau sens à un acronyme existant. Il y a donc deux sortes de rétro-acronymes (ou de rétro-sigles), qu'on pourrait diviser entre les vrais et les faux. Il s'agit en tout cas d'un exercice qui donne souvent un résultat très fantaisiste. Qui ne s'est jamais amusé à trouver une signification insolite à un acronyme ou à une abréviation ? Un exemple très français est la signification « Rentre Avec Tes Pieds » ou « Reste À Ta Place » pour la RATP (régie autonome des transports parisiens). Il y a aussi « Tout Va Augmenter » au lieu de Taxe de la Valeur Ajoutée pour la fameuse TVA.



Notons qu'en dehors de ces interprétations détournées, il y a dans le processus de création d'acronymes classiques et surtout dans celui de rétro-acronymes souvent l'intention délibérée qui consiste à forger un mot existant dont la signification est en rapport avec l'activité de l'acronyme. Ce n'est pas par hasard que la société d'édition de programmes de télévision, c'est-à-dire La Sept, changea de statut social pour devenir la société européenne de programmes de télévision dès qu'elle devint le septième diffuseur national. Ce n'est pas un hasard non plus si cette septième chaîne fut plus tard remplacée par Arte, un nom bien choisi pour une chaîne culturelle et qui est sensé vouloir dire, au choix, Association relative à la télé européenne ou d'après le Ministère de la culture, Association de retransmission télévisuelle européenne. Le fait de changer la signification d'un acronyme déjà existant, souvent pour coller à une nouvelle réalité, c'est aussi de la rétro-acronymie. 


Un autre exemple d'abréviation qui a changé de signification est le sigle DVD. Alors qu'il était encore en cours de développement, ce nouveau support numérique n'était pas baptisé. Il a d'abord été annoncé dans la presse comme étant un digital videodisk, rapidement abrégé en DVD. Comme ce terme est réducteur, vu qu'on peut y stocker autre chose que de la vidéo, les fabricants ont proposé versatile (polyvalent) à la place de vidéo. Néanmoins, les licences et descriptions commerciales ne mentionnent pas la signification du sigle DVD. Un consortium mondial réunissant les principaux acteurs de ce secteur (fabricants et développeurs), ne pouvant se mettre d'accord, a décidé de ne pas donner de signification particulière au sigle. Dès lors, officiellement, ce support média s'appelle DVD, tout court. Pour l'anecdote, on lui prête parfois la signification de Digital Venereal Disease (maladie vénérienne numérique) par allusion à l'épidémie de piratage et de copies illégales. Si l'on peut parler de rétro-sigle, en voilà un bel exemple et avec Des Versions Différentes ! Peu importe d'ailleurs la signification exacte. Qui se soucie de savoir que VHS vient de Video Home System mais qu'en phase de développement, cela aurait signifié Vertical Helicoïdal System ?

Un autre sigle qui ne signifie en soi rien du tout est le fameux signal de détresse SOS. Ce signal a été adopté en 1908 par pure convention, car il est le plus simple possible en code morse (ti-ti-ti-ta-ta-ta-ti-ti-ti) et reconnaissable de tous même avec du brouillage sur les ondes. En réalité, ce ne sont pas les lettres O et S qui sont envoyées, car il faudrait une pause entre chaque lettre. Or, le signal de détresse est envoyé en continu (...---... / ...---... / etc. au lieu de ... / --- / ...) Les lettres ne sont donc pas épelées, mais le signal a été nommé SOS tout simplement comme moyen mnémotechnique. C'est a posteriori que les rétro-acronymes Save Our Ship et Save Our Souls (et même en français Secours Ou Sombrons) sont apparus. Pourtant, SOS ne veut rien dire et ce pour la simple raison que ce n'est pas une abréviation, donc ni un sigle, ni un acronyme !

Etymologies populaires

Les Anglo-Saxons ont inventé des étymologies populaires pour certains mots, basés sur le principe de la rétro-acronymie, qu'ils appellent par un fort joli mot-valise des backronyms. Ainsi, il n'est pas rare de lire sur internet des légendes toutes plus invraisemblables les unes que les autres expliquant l'origine perdue d'un acronyme ancien. Citons entre autres l'histoire de ce châtelain, veuf inconsolable, et qui n'avait pour seul divertissement que de s'occuper de sa pelouse. Il inventa un sport pour se détendre et invita d'autres hommes à le rejoindre. Par égard pour sa femme décédée, il ne voulut rencontrer d'autres femmes et plaça à l'entrée de son domaine l'écriteau « Gentlemen Only, Ladies Forbidden ». C'est ainsi que son jeu devint … le golf ! C'est bien joli comme histoire, mais c'est évidemment absolument faux. L'étymologie classique nous informe que le mot écossais gouff, puis golf, est certainement un emprunt du néerlandais, où un sport comparable s'appelait kolf, lui-même dérivé de l'allemand kolbe, qui signifie « bâton ».

Les « gros mots » ont eux aussi droit à des rétro-acronymies à dormir debout. L'origine que l'on prête par exemple au mot fuck est elle aussi le fruit d'une imagination débordante. Une première version de l'histoire explique que dans la Grande-Bretagne du moyen-âge, les seigneurs décidaient du droit de consommer le mariage. Les jeunes mariés voulant remplir leur devoir conjugal devaient demander l'autorisation à leur seigneur. Une fois l'autorisation octroyée, ils placardaient sur la porte de leur maison « Fornicating Under Consent of the King » (en train de forniquer avec le consentement du roi), ce qui donna l'abréviation FUCK et avertissait les passants qui seraient susceptibles d'entendre cris et chuchotements que tout cela se passait dans la plus grande légalité. Naturellement, cette loi complètement inapplicable n'a jamais existé.
Une autre histoire explique qu'en Irlande, les couples adultères étaient exposés en place publique avec l'écriteau « For Unlawful Carnal Knowledge » (pour connaissance charnelle illégale). En admettant qu'une telle punition existât, il aurait été plus logique d'écrire sur l'écriteau « adultère » plutôt que l'abréviation d'une obscure formule pseudo-légale dans la langue du peuple (qui ne ressemblait d'ailleurs pas encore à de l'anglais contemporain) alors que la langue de la justice était encore le latin. D'ailleurs, s'il s'agissait bien d'une loi, elle devrait se retrouver dans les nombreux textes de loi d'époque, puisque selon la légende, ce n'était pas encore un gros mot. Ce n'est évidemment pas le cas.

Pour la langue française, nous avons l'explication du mot taf, qui serait l'acronyme de « travail à faire ». Le premier dictionnaire venu nous détrompera. Taf est probablement issu au XVIIe siècle de l'onomatopée tif-taf, évoquant le bruit des fesses qui s'entrechoquent sous l'effet de la peur. Au XIXe siècle, taf était un mot d'argot pour peur et on en retrouve de nombreuses traces ans la littérature d'époque. Au début du XXe siècle, il signifie part de butin. L'expression « chacun son taf » voulait donc dire « chacun sa part ». Ce n'est que dans les récentes décennies que la signification a encore glissé pour devenir synonyme de travail.

Il va de soi que certaines personnes continuent à prêter de la véracité à ces étymologies populaires, principalement pour les mots tabou comme fuck ou shit, qui à cause de leur vulgarité n'apparaissent que très sporadiquement dans la littérature plus ancienne, ce qui rend leur origine obscure. Cependant, les faits historiques démontrent qu'il s'agit bel et bien de légendes. Premièrement, même si la fréquence en est très rare, on retrouve bien la trace de ces mots dans des textes anciens. Fuck, sous des formes anciennes, est vraisemblablement un mot du XVe siècle. Or, le procédé des acronymes, bien que connu de longue date, n'a été utilisé couramment qu'au tout début du XXe siècle. Une exception notable est INRI, dont l'utilisation dans la chrétienté est très ancienne.
De plus, il est peu probable que l'étymologie d'un acronyme soit tout à fait perdue au point de ne plus en trouver trace. Si certains acronymes du langage courant ont perdu leur caractère d'abréviation, comme laser (light amplification by stimulated emission of radiation) et radar (radio detection and ranging), il suffit d'ouvrir un dictionnaire ou une encyclopédie pour en trouver la signification. Il est inimaginable que l'origine d'un mot fabriqué ne soit pas consignée quelque part.

Les acronymes récursifs

Le procédé déjà ingénieux d'inventer des acronymes qui sonnent bien s'est peu à peu sophistiqué jusqu'à l'avènement de l'ère informatique. C'est même devenu l'un des « jeux » préféré des développeurs de logiciels ou de projets informatiques. Ainsi, pour vous parler de ma propre expérience, j'ai traduit des manuels traîtant de systèmes informatiques baptisés VERDI, VINCI ou LISA, avec une signification acronymique plus que capilotractée.
La sophistication consiste en la récursivité de certaines abréviations, phénomène très répandu dans la communauté des logiciels libres et des systèmes GNU/Linux. Le mot Linux lui-même est un rétro-acronyme récursif. Originellement, le nom de ce noyau basé sur le système Unix provient du prénom de son développeur, Linus Torvald. Il a très vite reçu la signification « Linux Is Not UniX » à l'instar de GNU, qui lui signifie réellement, en plus de gnou (l'animal), « GNU is Not Unix » ! La récursivité, c'est le fait que l'abréviation est contenue dans l'abréviation. Un autre exemple est l'encodeur de MP3 LAME, qui signifie « LAME Ain't an MP3 Encoder » tout en étant un nom peu flatteur pour un produit, puisque lame veut dire bancal, mal foutu. Même votre carte Visa est un acronyme récursif qui signifie « Visa International Service Association ».


En conclusion, la multiplication des sigles et acronymes rend encore plus amusant le petit jeu des rétro-acronymes et de la récursivité, que ce soit à des fins purement humoristiques, par détournement (RATP, TVA) ou par l'étymologie populaire (taf), ou bien plus sérieusement pour démarquer son invention ou sa marque de commerce (LAME, VISA) de la concurrence. Il n'est pas inimaginable que bientôt, et pour de vrai, même les dictionnaires étymologiques en perdent leur latin !

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