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vendredi 25 septembre 2009

Kakemphaton

Le kakemphaton (du grec signifiant malsonnant) est une figure de style qui consiste en un jeu de mots, souvent un calembour ou apparenté, réalisé involontairement et basé sur l'homophonie.

Notez que la dernière condition est sine qua non, c'est ce qui fait toute la différence entre un calembour, jeu de mot volontaire, et un kakemphaton, qui est une dissonance malheureuse  mais non moins drôle.

En voici quelques exemples issus de la littérature francophone :

Pierre Corneille, Polyeucte, Acte I, scène I
Qui se lit comme : "Et le désir s'accroît quand les fesses reculent." Ou encore, du même :

Pierre Corneille, Horace, Acte III, scène I
On veut bien croire qu'être deux araignées ne facilite pas les choses.

Un certain Adolphe Dumas, contemporain mais non familier d'Alexandre, dût son renom en grande partie à ces vers qui furent la risée du monde littéraire du XIXe :
"Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré du moins comme un vieillard en sort."
Ce kakemphaton tiré de la pièce "Le camp des Croisés" passa dès la première représentation à la postérité comme étant le vers du vieil hareng saur. [1]

On trouve bien d'autres exemples, parfois tellement fortuits que la dissonance peut passer inaperçue si le texte n'est pas lu à haute voix. S'il est parfois difficile de juger de l'acte volontaire ou non d'un calembour sous la plume d'un auteur classique comme Victor Hugo, il n'est à n'en pas douter autrement d'écrivains et humoristes comme Alphonse Allais, qui est parfois cité en exemple mais dont l'on sait à coup sûr que ses calembours n'ont rien de fortuits !

Pour terminer, le kakemphaton ne doit pas être confondu avec le poème holorime, qui est un exercice de style ne devant rien aux hasards de l'homophonie !

[1] Après avoir compulsé une édition de 1838 de ce texte, je n'ai malheureusement pas retrouvé le vers en question. Il est possible que l'auteur l'ait corrigé pour la version imprimée.

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