Mon blog-notes pour vous parler du métier de traducteur, mais aussi et de manière plus générale de la langue française, de son étymologie, de sa littérature, de sa traduction, de ses expressions et d'un tas d'autres surprises.
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lundi 14 septembre 2009

Animer une équipe.

Cette expression est issue du vocabulaire des opérateurs de vacances organisées, puis fut empruntée par le jargon des Ressources Humaines. 

La première fois que j’ai consulté une offre d’emploi mentionnant cette qualité dans les compétences requises au poste à pourvoir, j’ai vérifié qu'il ne s'agissait pas d’un job estival d’animateur au Club Méditerranée. Bien que ce ne fût pas le cas, la ressemblance est pourtant marquante. Cela signifie que de nos jours, on ne cherche plus un chef d'équipe ou de service, mais un G.O. 
Le langage des Ressources Humaines est rempli d’euphémismes et autres dénominations politiquement corrigées. Jusqu’à la dénomination même de ce domaine : Ressources Humaines, ça fait classe. Avant, on disait « Service du Personnel ». Parfois, dans les grandes entreprises, il y avait même quelques personnes affectées au recrutement. Dans le temps de mon père, on embauchait et parfois on virait quand ça ne convenait pas. Maintenant, on recrute toujours (enfin ...), mais aussi on évalue, on coach, on aiguille, on forme, on prospecte, on manage, on recycle, on établit des échelles de compétences, de productivité, de motivation, etc. On ne dit plus qu'un employé ne convient pas, mais on lui signifie son incompatibilité fonctionnelle avec l'esprit d'entreprise qui anime le cercle de collaboration. C’est plus contraignant à dire mais ça enrichit le vocabulaire. 

Bref, les Ressources Humaines ont transformé le monde du travail en un parc d'attraction où les patrons ne sont pas moins méchants, mais où il ne font plus du tout peur parce qu’ils portent de jolis titres anglicisés à souhait. "Member of the Management Board and Executive Senior Vice-President of Office Services", ça claque ! Mieux que "sous-directeur en charge du secrétariat"
Gaston Lagaffe, le garçon d’étage qui fait les photocopies, est devenu Xerox Manager. Monsieur Demesmaeker n'est plus un gros client, mais un partenaire, certes commercial, mais très particulier. C'est à la limite des convenances en terme de sous-entendus sexuels, mais le relationnel y gagne. D'ailleurs, dans les couloirs, on se tutoye sans se connaître, on s'appelle par son prénom (au point de souvent ignorer le nom de famille), on garde les moutons ensemble.
Grâce aux Ressources Humaines, celle qui grommelle tout le temps en vidant les poubelles pleines de cochonneries de Gaston n’est plus une femme de ménage, mais, c’est bien connu, une technicienne de surface affectée à la propreté des locaux fonctionnels. Elle ne gagne plus maigrement sa vie en nettoyant les crasses des autres, mais elle est responsable de la mission de maintenance de l’hygiène des postes de travail à un niveau respectant les normes ISO et sanctionné par la juridiction européenne en la matière. Oui oui, ce n’est pas un gagne-pain, mais une mission. Un sacerdoce, quoi. On ne bosse plus ! Non, on remplit une mission utile au bien-être de l'entreprise (que l'on veut faire passer pour LA société). 

Celui qui n’est pas convaincu de l’importance de sa charge remet en cause toute la philosophie d’entreprise, tout le respect qu'il doit à ses contemporains par le biais de ses collègues et la belle image qu’ont les Ressources humaines de la vie (qui ne tourne qu’autour du travail) et doit donc être immédiatement et irrévocablement lourdé afin de ne pas compromettre l’intégrité morale de l’ensemble de la société civile. De ce fait, les chômeurs ne sont pas des gens qui ont du mal à s’intégrer au monde du travail, comme on pourrait le croire, mais ce sont des gens qui sont incapables de ne pas vivre que dans le monde du travail. Comme s’il y avait quelque chose à côté ! Vraiment que des nuisibles ceux-là !

Pour en revenir à notre définition, animer une équipe, donc, ce n’est pas simplement être chef. Il y a trop de chefs « à l’ancienne » qui n’animent rien du tout, mais qui arrivent de grand matin pour s’enfermer dans leur bureau comme des ermites en pleine contemplation. C’est fini ça. Animer une équipe n’est pas simplement être chef, c’est jouer au petit chef. Seulement, ça ne se dit pas, c’est négatif. Les Ressources Humaines n'oseraient jamais écrire dans une petite annonce qu’on recherche un connard pour en faire chier des ronds de chapeaux à ses subalternes. D’ailleurs, il n’y a plus de subalternes, il n’y a que des collaborateurs (et là, les Ressources Humaines, elles n’ont même pas tressailli à l’idée que ce mot peut avoir une connotation très négative. On ne fait pas d’Histoire, on fait de la comm’). 
On recherche un animateur, comme pour les émission télés : un mec qui parle beaucoup pour ne rien dire afin d’endormir l’équipe pour qu’elle participe au jeu mais ne gagne jamais le gros lot. Le taff, c’est un jeu amusant, puisqu’il y a des équipes et un animateur et qu’on y a introduit la notion de compétitivité. L’employé, le « collaborateur », est un concurrent, à la compétition, pour les autres collabos. C’est « Une Famille en Or » mais avec la pression de « Qui veut Gagner des Millions » quand on donne une mauvaise réponse.

Vous l’aurez compris, plus on édulcore la langue, plus on sophistique un jargon, et plus ce que cela cache est gros. C'est, tout simplement, un exemple flagrant des dérives dangereuses de l'application stricte du Politiquement Correct. Ca part de l'intention louable de ne vouloir vexer personne en utilisant des termes soi-disants valorisants, et ça se termine comme dans le roman 1984, où la dictature en place a réinventé la langue en réduisant le vocabulaire à quelques miliers de mots et en utilisant de l'euphémisme et du ronflant, du pompeux pour qualifier le plus inqualifiable (imaginez par exemple que Brice Hortefeux ait la même fonction, mais qu'il soit Ministre de la Fraternité entre les Peuples).

C’était déjà pas drôle de travailler avant, mais maintenant que c’est une compétition à qui sera le meilleur G.O., que plus l’environnement de travail est impitoyable, plus on voudrait se faire croire que c’est des vacances organisées par le C.E., ça devient carrément triste, le travail. Heureusement qu’il y en a pour animer tout ça ! Moi aussi, j’anime souvent des repas de famille. Je pourrais faire pareil au bureau en racontant quelques gaudrioles, ça chauffe la salle. Mais au Service Recrutement des RH, ils ont dit que ce n’était pas la bonne méthode. « Vous nous faites du Dechavanne, monsieur. Nous, on cherche une Laurence Bocolini. » Vous êtes le maillon faible, au revoir et rendez-vous à l’ANPE !

Okay !


okay
« Okay », prononcé sur le ton du personnage de Jacqouille la Fripouille, vous souvenez-vous de cette horreur ? 
Premièrement, je n'en vois pas la drôlerie. Deuxièmement, imiter un personnage de film idiot (je veux dire le personnage … enfin le film aussi) n’est pas des plus valorisant. Troisièmement, le film commence à dater et si l’expression n’est pas passée de mode, elle commence a être désuète. Tant mieux ! 

Il n’y a pourtant pas de mal à utiliser des répliques de cinéma dans des conversations courantes (et même si vous ne le faites jamais, je ne vous jette pas la pierre, Pierre). On montre ainsi qu'on a aussi des références culturelles. Mais quelles références quand on cite un rôle du très irritant et mauvais fusesien Clavier ! Je ne connais que peu de gens capables de me citer de mémoire les répliques les plus tordantes de Michel Audiard. Pourtant, certaines de ses phrases mériteraient d’être apprises en cours de français dès le CP : 
« Mais moi, les dingues, je les soigne. J'm'en vais lui faire une ordonnance, et une sévère ! J'vais lui montrer qui c'est Raoul ! Aux quat' coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m'en fait trop, j'correctionne plus : j'dynamite ! J'disperse ! Je ventile ! » 
Certes, ce film de plus de 40 ans est lui aussi passé de mode, mais ça m’en a tout de même une autre gueule que de passer pour un débile en couinant « Okay ! » Disons que le texte est plus … étoffé.

Vous ne rêvez pas, l'illustration ci-dessus est bien la pochette d'un CD 2 titres reprenant cette fameuse réplique. Vous ne me croyez pas ? Consultez ici les paroles. Et n'oubliez pas de pousser un gros soupir en fermant la fenêtre de navigation.

J'ai envie de dire ...

Ca me donne vraiment envie de dire des grossièretés quand on me dit : « J’ai envie de dire … » 
Eh bien alors, DIS-LE ! Ne te retiens surtout pas pour moi, vu que tu vas le dire quand même dans la subordonnée. 

Je me doutais déjà que cette expression sous-entendait quelque part la suite : "Parce que peut-être vais-je dire quelque chose qui ne va pas du tout vous plaire, peut-être même est-ce une énorme connerie, alors je vous préviens tout de suite, j'ai envie de dire signifie que je ne l'ose pas vraiment, mais que je le fais quand même mais je vous aurais prévenu alors pas taper sur la tête à moi !" 
Bien entendu, c'est le message que la personne veut faire passer, alors qu'en général, elle pense : "Je dis ce que je veux et je vous emmerde, mais ça fait plus diplomatique quand on commence comme ça"
Je ne suis pas le seul que cela semble irriter, puisqu'en voilà au moins un qui est d'accord avec moi, sur ce blog de 24 heures philo.

C'est mon dernier mot !

Malheureusement, ce n'est pas encore la dernière des expressions honnies. Je vous parle de « C’est mon dernier mot », en général suivi du prénom de l’interlocuteur, quand ce n’est pas par un cordial « Jean-Pierre », évidemment par clin d’œil à la phrase-clé de l’émission Qui veut gagner des millions ? animée par Jean-Pierre Foucault. Au début, c’est marrant. A la fin, et surtout quand on vous appelle Jean-Pierre, c’est usant. On aimerait répondre que si c’est ton dernier mot, eh bien crèves, connard. Mais ça serait méchant. Cela montre une fois de plus l’influence de la télévision, principal relayeur d’inepties, sur le vocabulaire de tout un pays.



Tout donner ! Rien lâcher !

Vous allez finir par me prendre pour un antisportif primaire. C'est faux. Je n'ai rien contre les gens qui courent pour le plaisir, s'affrontent pour la beauté du geste, courent derrière des médailles comme un premier ministre derrière la croissance de son pays, même si ce sont des concepts qui m'échappent. Je vais même vous faire un aveu : j’ai moi-même pratiqué un sport pendant plus de 10 ans. Le judo, dans mon esprit, était une occupation saine où en plus d’apprendre à se maîtriser et à se défendre, on apprend le respect de l’adversaire et le respect des règles. On ne peut pas en dire autant de tous les sports, surtout les plus populaires. Et en plus, cela me faisait un cercle social en dehors de ma piaule et de mon bahut.

Bref, je n’ai rien contre les athlètes, surtout quand ils sont plus forts que moi. Ceux que j'ai dans le collimateur et qui sont bien plus bêtes que ce que l'on dit des sportifs, ce sont ceux qui commentent leurs exploits. Les chroniqueurs sportifs battraient même les politiciens sur le maniement de la langue de bois, des expressions toutes faites, de l'emploi des clichés creux, des images vides de sens.

Dernier exemple en date : tombant par hasard sur la rubrique sportive de France 3 après le journal télévisé, je me dis que cela ne me coûterait rien de prêter l'oreille aux résultats des sports populaires. Ca me fera toujours un sujet d’échanges verbaux avec mes partenaires de machine à café au boulot.
Horreur et damnation ! J'entends le commentateur (je refuse d'appeler ces gens des journalistes, le métier est déjà bien assez dévalué comme cela) encourager un quelconque sportif en ces termes : « Allez ! Allez ! Faut tout donner ! Tu vas rien lâcher ! »
L'une et l'autre expression n'ont déjà pas beaucoup de sens prises à part, mais dites d’un seul trait dans la même phrase et au-delà de la figure de style [1] qui consiste à dire « tout » et, justement, son contraire, on a carrément un contresens, ou plutôt un non-sens. Je m'explique.

Dans « tout donner, » je me demande de quel tout il s'agit. Donner tout quoi ? Est-ce une question de générosité et d'avarice ? Donne-t-on tout ce qu'on possède ou seulement toute son énergie ? « Ne rien lâcher, » au contraire, suppose que l'on doit tout garder pour soi. Notez que « lâcher » signifie ici plus ou moins la même chose que donner. « Il n’a pas voulu lâcher un bifton » ou « il n’a pas voulu donner d’argent » ont la même signification, bien que de registre différent. En une seule proposition, on demande donc à ce sportif de « tout donner » et de « ne rien donner » ou encore « lâches-toi, mais ne lâches rien. » J'imagine la gestuelle qui accompagne le conseil prodigué. Le grand dadais en short qui se voit obligé de tendre une main et de garder l'autre dans sa poche. 

En plus d'être contradictoire, cette phrase est d'un style affligeant. Si ces gens qui se disent journalistes l'étaient vraiment, ils utiliseraient plutôt, sans contre-sens, des expressions comme : « Il faut persévérer et ne surtout pas baisser les bras. » Ils exhortaient les sportifs à « s'investir sans se démoraliser » ou tout simplement à « faire de leur mieux sans faillir ».
Seulement, ces grands reporters des arènes sportives préfèrent parler comme des ados qui se donnent un genre en massacrant la langue à petits coups de petites phrases très moches.
Je suis décidé à tout donner pour les dénoncer et à ne surtout pas les lâcher.

[1] Les connaisseurs auront reconnu un oxymore.

Philosophie d'entreprise.

Il y a peu, je cherchais une agence de création web. Parcourant les sites de webdesigners de mon département, je tombe sur d'innombrables pages toutes plus belles, plus professionnellement et plus savamment composées les unes que les autres.
Mon poil se hérissa pourtant en lisant l'introduction de l'une de ces agences, que je vous cite ici de mémoire hélas, car je ne retrouve plus le lien :
« Notre philosophie d'entreprise s'inscrit dans une démarche de qualité orientée client. »
Suivaient quelques autres phrases à l’emporte-pièce. J’ai cru lire des copiés/collés de prospectus de vente par correspondance. Ma formation de linguiste m'interdit de considérer que telle ou telle langue est moins belle ou moins intéressante qu'une autre. Mais avec la langue de bois, des fois, j'ai vraiment du mal.

Tout à fait !

Tout à fait en signe d'acquiescement fut probablement popularisé par le fameux « Tout à fait, Thierry ! » de Jean-Michel Larqué à la fin des années 90. Les gens commencent enfin, peu à peu, à comprendre que cette forme est tout à fait incongrue [ndlr : et là je l'utilise à bon escient].
Entendu maintes fois à la télé ou à la radio :
« Notre prochain candidat est une candidate [ndlr : celle-là aussi elle est gonflante], nous accueillons Germaine. Alors tout d'abord Germaine bonjour.
-- Bonsoir. [ndlr : car Le Juste Prix passe le midi mais comme c'est enregistré le soir, y en a toujours pour faire la gaffe]
-- Germaine, vous êtes restauratrice dans un petit village du Gers.
-- Tutafé.
-- Vous êtes marié et vous avez trois enfants.
-- Tutafé.
-- Alors Germaine, je sens que vous êtes venue pour gagner.
-- Tutafé. Le million ! Le million !
-- Héhé ! Germaine est une petite impatiente. Je ne vais pas vous laisser mariner dans votre jus plus longtemps [ndlr : petit clin d'œil de l'animateur, c’est le comble pour une restauratrice !]. Je vous laisse donc tourner la roue. Un petit mot pour les gens qui nous regardent ?
-- Tutafé.
-- Oui, ça fait tout juste un mot, très bien ! Peut-être un petit message personnel ?
-- Tutafé. Alors je voudrais faire un petit coucou [ndlr : une autre expression qui me saoule] à toute ma famille.
-- Votre mari et vos trois enfants qui n'ont pas pu venir aujourd'hui pour vous accompagner ?
-- Tutafé.
-- Ah mais Germaine attention ! La roue ralentit, elle s'arrête. Eeeeeeeeet ... Ah, dommage, c'est la case banqueroute et vous passez votre tour. Eh bien, l'important est de participer. Pas trop déçue ?
-- Tutafé.
-- Merci et à la semaine prochaine pour un nouveau question pour uuuuuuuuuuuuuuuuuuun champioooon ! »

Manque de réalisme

La prochaine expression agaçante est issue, une fois n'est pas coutume, du milieu des commentateurs sportifs. Ceux-là mêmes que se sont rendus coupables de la prolifération de « tutafé » et de « montée en puissance ». Il s'agit de la phrase : « Telle équipe a perdu par manque de réalisme. » J'en veux pour preuve que cette expression ridicule est liée au milieu du sport : voyez vous-mêmes les titres de ces pages référencées par Google. Que du sport (plus particulièrement du football) ou presque !

Je ne suis toujours pas certain d'où les amateurs de sports qui se disent journalistes par le seul fait de passer à la télé nous sortent cette expression, ni quelle signification ils lui prêtent exactement. J'en ai une vague idée. Ca vaut ce que ça vaut, car je ne suis pas certain d'avoir bien compris ce que le réalisme de Platon ou de Thomas d'Aquin a à voir là-dedans. A moins qu'il ne s'agisse d'un hommage au courant artistique du XIXe siècle et que les têtes pensantes (pfihihi !) du monde sportif français soient des aficionados de Hugo, Flaubert et Balzac. Allez donc savoir si manquer de réalisme, pour des joueurs de rugby ou de foot, ne signifie pas plutôt qu'ils ne se sentent pas en mesure de recréer les mouvements stylistiques des pinceaux de Millet ou de Courbet en réalisant leurs dribbles par entrechats, leurs plaquages sur pointes ou leurs tacles en grand écart. Ca serait prêter de bien gracieuses prétentions à ces pratiques physiques.

Admettons plutôt qu'une équipe de football relativement médiocre, par exemple, arrive sur le terrain et croit être capable de battre le tenant du titre en lui collant 5 prunes dans les filets. Cette petite équipe manque singulièrement de réalisme et ferait mieux de croire qu'elle va se ramasser 5 prunes dans les filets.
Inversement, une excellente équipe qui foule la pelouse d'une amicale de province manque autant de réalisme que d'humilité en étant sûre de leur coller 5 prunes dans les filets au lieu de rester méfiant face à une petite équipe dont elle ne connaît pas le jeu.
Deux équipes moyennes qui se rencontrent feraient chacune preuve d'un criant manque de réalisme en pensant coller 5 prunes dans les filets adverses.

En somme, quand on entre sur la pelouse avec l'envie de remporter le match, on manque tellement de réalisme que c'est bien fait si on perd. D'ailleurs, il n'y a que les perdants qui manquent de réalisme, c'est bien connu. Jamais l'on blâmera un vainqueur de son excès de confiance qui entraîne une relative perte du sens de la réalité (car je crois comprendre que c'est cela qu'on veut dénoncer, hors considérations artistiques). Au mieux, on félicitera le vainqueur pour son audace et pour avoir "tout donné" (encore une abomination verbale, tiens) !

Bref, les commentateurs sportifs manquent particulièrement de réalisme en croyant que la plupart des équipes feraient mieux de jouer pour perdre ou lieu d'avoir confiance en leur jeu.

dimanche 13 septembre 2009

L'album de la maturité et autres absurdités musicales.


Quand le succès est au rendez-vous, l'album de la maturité est salué par la critique ! Vous ne voyez la signification exacte de ces clichés de haut vol ? Rassuez-vous, moi non plus !

L'album de la maturité, pour un interprète musical, c'est, comme son nom l'indique, un album plus mûr que les précédents. Un truc sans prétention que l'auteur recadre dans les limites de la crédibilité (ou parfois de la débilité) de ses textes. Un truc sérieux, moins fantaisiste, plus grave. Bref, l'album de la maturité est chiant. Au mieux, les critiques pas trop vaches ou qui doivent être gentils se servent de cet euphémisme parce qu'il est aussi chiant de parler de cet album que de l'écouter. Au pire, c'est toujours une phrase que l'on utilise même sans arrière-pensée quand on ne sait pas quoi dire de la galette.
L'album de la maturité me fait hurler de rire (il y a longtemps que cela ne me fâche plus) quand il désigne le second album d'un gagnant de télé-crochet qui vient de fêter ses 22 ans et qui fait dans la variété la plus plate et dansante qui soit. L'album de la maturité me fait pouffer quand il s'agit du huitième album d'une chanteuse à voix gueularde qui réchauffe depuis 15 ans le même refrain de son premier tube de l'époque où elle était encore mineure d'âge.
Par manière de dérision, cette expression a déjà été utilisée pour des albums de débutants, pour des compilations et même pour le quarante-sixième album d'un artiste qui entre dans son demi-siècle de carrière musicale. Et c'est tant mieux ! Il faut continuer ! Tournons en dérisions, ridiculisons, conspuons ce cliché immonde qui ne se réfère, comme la plupart des expressions que je déteste, à tout et à rien.

Pour enfoncer le clou, cet album de la maturité, en plus d'être chiant à écouter, fut généralement très laborieux car il est souvent un nouvel album tant attendu (on se demande parfois par qui quand on voit le travail de "l'artiste"). Un album tant attendu qu'il devrait en toute logique arriver en retard. Or, et c'est impressionnant, en général, le succès est au rendez-vous.
Ah bon ? Attendez que je vérifie mon agenda. J'avais rendez-vous avec le succès il y a deux mois, mais il m'avait posé un lapin. Je comprends mieux pourquoi, puisqu'il avait rendez-vous avec l'album de la maturité. Non mais on nous prends vraiment pour des cons, quand on y pense ! Si cela peut se dire qu'on rencontre un certain succès, c'est purement fortuit et certainement pas sur rendez-vous, bordel de Dieu ! Rendez-vous, mon cul ! Conférence de presse, oui ! Tout est truqué ! Non seulement l'album de la maturité rencontre le succès lors d'un rendez-vous, mais en plus, ce n'est pas un tête-à-tête. La critique était invitée aussi ! Et qu'est-ce qu'elle fait quand elle voit l'album de la maturité se pointer au bistrot où le succès l'attends depuis deux ans devant une tasse de café froid ? Elle le salue !
Même pas qu'elle l'engueule, non ! La critique est là, et au lieu de critiquer, en bien ou en mal, elle salue ! Elle dit : "Bonjour ! Ca biche, le mature ?
-- Ma foi, ça cartonne !" (car n'oublions pas que les albums, bien que manufacturés en polycarbonate, cartonnent. Tandis que les disques vinyles gondolaient).
-- Bon, tu m'en voudras pas, hein vieille branche, mais j'suis à la bourre là, j'ai pécho le succès, j'vais me l'faire avant que ça retombe.
-- On s'bigophone et on va en boîte ce soir ?
-- Ah ouais, ça tombe bien ! Sortir en boîte, ça va me changer de sortir dans les bacs !"
On croit rêver ! Si c'était encore à confirmer, je dirais que la critique est conne.

vendredi 11 septembre 2009

Croquer la vie à pleines dents


J'ai content, je suis joie et ça se voit : je croque la vie à pleines dents.
Non mais qu’est-ce que c’est que cette image toute pourrie ? Les trucs qui se croquent à pleines dents, en général, ce sont des fruits. Je vous conseille la pomme ou la poire. Évitez tout de même les fruits trop juteux pour ne pas vous en mettre partout et surtout mâchez bien avant d’avaler, parce que quand on croque à pleines dents (pour autant que lesdites dents soient en bon état), ça fait des gros morceaux dans la bouche. En tout cas, évitez de vous faire mal en croquant la vie. Mais à part ça, vous pouvez continuer de profiter de la vie, ne vous gênez pas pour moi.

Être pétri de certitudes.

Être pétri de certitudes, ou d'autre chose, selon l’interlocuteur qui vous pétrira à sa guise avec ce qui lui tombe sous la main comme reproche à vous faire, est encore une de ses images parlantes qui cache la vacuité du discours de celui qui la prononce. Ne sachant pas quoi répondre à un interlocuteur sûr de ce qu'il dit (qu'il ait tort ou raison, peu importe), déstabilisé par l'aplomb de celui-ci, il est facile de le juger pétri de certitudes. Un joli euphémisme pour lancer la serviette-éponge en rétorquant que l'autre est trop têtu pour comprendre.
Avant, l'action de pétrir était l’apanage des boulangers, qui pétrissaient surtout de la pâte à pain, et qui étaient bien embêtés quand il n'y avait plus de quoi pétrir, car ils se retrouvaient dans le pétrin à la place de leur pâte. Comme certains d’entre nous sont trop bonne pâte, ils gobent tout ce qu’on leur raconte et y croient dur comme fer. Du coup, ils sont pétris de certitudes. Du grand n’importe quoi. J'en suis pétri-fié de stupeur.

Tournons une page de publicité.


Tourner une page de publicité est une expression heureusement tombée en désuétude. Je l'entendais à longueur d’émission dans les années 80. Je vous situe le contexte : nous sommes à la télévision, une personne payée pour montrer sa plus ou moins jolie gueule dans la lucarne l’est également pour nous avertir que la direction de la chaîne nous impose quelques minutes de spots publicitaires. Le présentateur ou la présentatrice pourrait annoncer en toute honnêteté : « C’est bon les gars, vous pouvez aller pisser en vitesse en attendant que l’émission reprenne parce qu’on doit changer la configuration du plateau et un invité est un peu à la bourre. Alors si au passage vous voulez vous chopper une bière au frigo, allez-y gaiement, on s’occupe de tout ! »

Au lieu de cela, le beau gosse ou la belle garce de service essaie de nous faire croire que nous sommes en train de lire un magazine et qu’entre un reportage photo sur l’épilation masculine et l'horoscope de la semaine se trouve quelques encarts publicitaires qu’il nous est loisible de passer sans regarder. C’est à nous de tourner la page (de pub) pour revenir à la suite.

Déjà à l’époque, la télé nous prenait vraiment pour des cons.

Au niveau du vis-à-vis de dans le cadre de ...


Ces locutions-là sont au langage ce qu’Eric et Ramzi sont à l’humour : des plaies.
En guise d'exemple, penchons-nous sur ce petit condensé de déclarations de ce délégué syndical (transcription au mot-à-mot que j'avais faite lors d'une réunion) :


« […] ces trois points à distribuer vis-à-vis des gens qui font de la manutention au niveau de chez Delhaize »

ou encore (et du même) :

« Et donc ma question va aussi bien vis-à-vis du Service, je dirais, de la Médecine du Travail, aussi vis-à-vis, effectivement, du Service Interne de Prévention, donc des conseillers en la matière, dans le cadre, effectivement, de leurs recommandations, qu’ils font, dans le cadre, effectivement, des visites approfondies, des visites spontanées, je ne sais tout quoi, hein, parce que … »

Parfaitement ! Une question vis-à-vis de quelqu'un dans le cadre des recommandations faites dans le cadre de visites ! Au niveau de l’intelligibilité, je propose de bannir ces expression du cadre du vocabulaire courant et d'interdire au prolos de se « recauser » comme dit mon père en parlant de ceux qui éructent plus haut que vis-à-vis de leur cul.

La montée en puissance

Voici une locution qui en soi n'est pas une aberration, mais qui m'irrite par son usage multiple et répété absolument inadapté au contexte. L'apogée de l'usage abusif a été atteint lors des retransmissions télévisées des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin. Lors d'à peu près toutes les épreuves de toutes les disciplines possibles et imaginables, l'on pouvait assister à la montée en puissance d'un athlète lambda qui n'avait pour seul mérite que de confirmer une progression constante de ses performances au cours de la saison ou de la compétition ou parfois, après un début d'épreuve mitigé, de repasser la plupart de ses adversaires.
A la longue, c'est usant. Le pire, c'est que cette expression galvaudée est restée quelques temps dans les bouches pour qualifier quasiment toutes les remontées notoires, les performances remarquables, les progressions fulgurantes et mêmes les usages fréquents et les émergences, sans avoir un quelconque rapport avec le sport.
Vivement la chute en affaiblissement !

Il faut appeler un chat un chat

On vous l'a sûrement reproché aussi : il faut toujours appeler un chat un chat. Et pourquoi, je vous prie, ne l'appellerais-je au moyen de divers sobriquets couramment attribués à cette espèce animale tels que mistigri, félin, greffier, sac à puces ou encore boule de poils ? Le mien s'appelle Chouchenn, mais je le hèle souvent par son surnom Chouchou. Il n'y a que ma compagne pour fréquemment user de la dénomination « Le chat ! » quand il est en train de faire une bêtise. Dans ces situations-là, je le nomme « Nom de Dieu de sale bête », mais c'est plus long à dire et il ne s'entend pas à ce nom.

Bref, l'injonction autoritaire selon laquelle il faut appeler un chat un chat implique qu’on ne peut l'appeler autrement que chat. Mais pourquoi justement prendre le chat en exemple ? N'aurait-on pas pu dire « il faut appeler un radiateur un radiateur » ? Les espagnols, à ce qu'il parait, disent « il faut appeler le vin le vin et le pain le pain ». Le choix du nom est tout aussi arbitraire. En revanche, je suis absolument d'accord pour nommer les choses par leur nom (ou, au demeurant, par un synonyme). Ce qui signifie qu'il faut cesser de parler à mots couverts ou par euphémismes. Ou par expressions sottes.

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